LES ALIGNEMENTS DE CARNAC SONT UN JEU D’ENFANT

UTOPIES MONUMENTALES / Illustration / Alignements de Carnac, Carnac. FR

○ 2014
○ 8 images

img n°1 → Alignements du Ménec, touristes sur la route longeant le site © Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux
img n°2 → Vue aérienne de la partie médiane des alignements du Ménec, depuis le sud-ouest © 4V / Centre des monuments nationaux
img n°3 → Alignements du Ménec, une maison au milieu des rangées de menhirs © Pierre Converset / Centre des monuments nationaux
img n°4 → Alignements du Ménec, vers le nord-est, dans la brume du matin © Pierre Converset / Centre des monuments nationaux
img n°5 → Alignements du Ménec au crépuscule © Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux
img n°6 → Plan des Alignements du Ménec
img n°7 → Alignements du Ménec dans la brume du matin avec, au premier plan, trois menhirs émergeant de la lande © Pierre Converset / Centre des monuments nationaux







Pactiser avec la chance n’est pas spéculer sur le hasard, c’est entrer en phase avec le monde, explorer ses séquences et ses enchaînements secrets, se faire initier en quelque sorte. Et chaque coup gagné est le signe du succès de cette initiation.

Cette sensation sublime qui fait l’ivresse du jeu, c’est celle d’une complicité totale entre le jeu aléatoire du monde et le vôtre, d’une réversibilité entre le monde et vous, d’une consonance surnaturelle entre votre option et celle d’un ordre auquel vous ne pouvez rien, mais qui semble vous faire signe et vous obéir sans effort. A ce point, c’est le monde qui prend toute la responsabilité du jeu. Le monde se fait joueur, le joueur se fait monde.

Jean Baudrillard

 

Je suis né dans une caravane, tirée par les chevaux. Mes parents étaient marchands forains. C’était leur métier. J’ai ce souvenir lointain, très lointain, presque tiré de mon imaginaire, que nous allions de pays en pays. Nous parcourions la Bretagne, de village en village, avec un manège, un casse boite, et une roulotte. Nous faisions la fête à Auray, Plouay, Ploërmel, Muzillac, Sarzeau, Quimperlé, Langonnet, Carnac, toutes les grandes villes. Je me rappelle que nous déménagions chaque huitaine, que j’allais demander dans les fermes avec ma grand-mère de la nourriture, des légumes et des pots de rillettes, cela dépendait. Je me rappelle que les gens donnaient. Qu’en échange, parfois, nous réparions des chaises, des casseroles, des ciseaux, des outils que nous affûtions. Je n’ai malheureusement aujourd’hui que très peu de souvenirs de ce temps, juste ce fait de voyage, de possibles et d’aventures. Je n’avais à cet âge, jamais habité une maison, je n’avais aucune idée de ce que pouvait être un chez soi. Et si je n’ai malheureusement aucun souvenir de ce à quoi ressemblait notre manège, je crois que cette vie de fêtes, d’aventures, de hasards et de rencontres, fut inscrite très tôt en moi. J’ai toujours considéré la vie comme un jeu.

 

Les alignements du Ménec, situés à Carnac, sont un ensemble de mille pierres levées en place depuis plus de 6000 ans. A l’aube du siècle dernier, avec des pierres alors présentes sur le site, a été construite une maison. Une maison au milieu de mille pierres.

 

En 1939, la guerre éclata, et les allemands arrivèrent en Bretagne, puis l’occupèrent. Mon père fut fit prisonnier, et parti dans ce que l’on appelait alors, la Tchécoslovaquie. Il nous écrivait néanmoins souvent. Il était devenu très dangereux d’habiter des caravanes, les allemands prenaient ça pour des convois militaires. Nous abandonnâmes alors notre caravane et notre vie de bohême, et nous installâmes en ville où ma mère acheta avec nos économies, une petite maison. J’avais six ans, et mon enfance était terminée. Pour gagner des sous, ma mère pris un emploi de domestique et partait la journée faire des ménages et de la couture dans les maisons pendant que moi et ma sœur allions à pied à l’école. J’ai haï cette période. Et je la hais encore. L’école, ce devrait interdit. Elle représentait tout ce qu’enfant nous avions fui, l’ordre, la discipline, l’inaffection. L’instituteur ne m’aimait pas, et je ne l’aimais pas en retour. Il y avait comme du racisme à cette époque et mes parents, ma mère, étaient mal vus. Je n’étais pas un bon élève, je restai au fond de la classe, je regardais la fenêtre par delà laquelle il n’y avait rien, et j’attendais, rêvassant, espérant que quelque chose advienne.

 

A la sortie de cette maison, il y a un chemin de terre, qui se faufile entre mille pierres. Une nuit, pendant que la ville était éteinte, je suis descendu nus pieds jusque dans l’entrée, et sortant sous les étoiles, j’ai refermé cette porte derrière moi.

 

Trouver à manger à cette époque était difficile, et je me souviens des soirs à m’endormir la faim au ventre. À la boulangerie du haut de la rue, nous faisions parfois la queue une moitié de journée, une moitié de journée pour une moitié de pain. Les soldats américains arrivèrent en 1944, et progressivement les choses revinrent à la normale. Ils installèrent leur campement dans le champ à coté de notre maison où à cette époque, il n’y avait rien d’autre autour, que nature. Comme ils étaient à coté de chez nous, à la sortie de l’école, j’allais voir les soldats le soir dans leur campement. Ils m’accueillaient en me donnant chewing-gums, bonbons et cigarettes. Je mangeais alors mes premiers chewing-gums, je fumais mes premières cigarettes. J’avais onze ans. Mon père fut libéré un an après, par les russes. Pendant sa captivité, mon père s’était lié d’amitié avec un marbrier, dont le père recherchait un autre employé, en plus de son fils. Nous partîmes alors dans une autre région, et nous nous installâmes dans une plus grande maison, avec un jardin. Mon père devint marbrier, et ma mère arrêta de travailler pour s’occuper de ma sœur et de moi. La semaine, je continuai à aller à l’école, et le week-end, j’aidais mon père au travail. Je travaillais au cimetière, je faisais des monuments funéraires. Je gravais dans le marbre, le nom des morts.

 

Je sautai du perron et pris ce chemin de terre qui s’offrait à moi. Quelques mètres plus loin, deux mégalithes marquaient ce chemin, comme un seuil, un passage, vers une autre vie. Au-delà de cette porte, ce chemin se divisait en trois. Je fis alors un vœu.

 

A l’école, mon instituteur refusa que je passe mon certificat d’études. Il m’en estimait incapable. Mes parents furent vexés, mais mon père, qui était quelqu’un de très autoritaire, n’insista pas et me retira de l’école. A cette époque, la loi était conçue de telle sorte, qu’à 14 ans, où l’on allait étudier à l’école, ou l’on devenait apprenti. Mon instituteur choisit pour moi. Ou peut-être est-ce la vie, comme on dit, qui choisit pour moi. Parallèlement à son travail, mon père était aussi moniteur de gymnastique. Il avait même été champion régional de saut à la perche et de poids altères. Lors d’une compétition, mon père rencontra un entrepreneur, qui lui proposa alors un jour de m’employer à son atelier comme plombier. Je commençai donc à travailler à 14 ans, avec un contrat d’apprentissage de trois ans, je devins plombier et assistais les ouvriers sur les chantiers. Je me rappelle que nous circulions en ville avec une voiture à bras que je poussais seul, et parfois même dans les côtes. Je rentrai le soir brisé, notre vie de voyages et de fêtes, était désormais bien loin. Je suppose avec le temps, que mes parents s’étaient lassés, et comme tout un chacun, avaient souhaités mener une vie plus raisonnable ou plus stable. Peut-être étaient-ils heureux, je ne sais pas, moi je ne l’étais pas. J’étais un enfant, qui ne se remplissait que de frustration et de colère.

 

Une intuition, peut-être, je ne sais pas, comment appelle-t-on ça ? C’est comme si quelqu’un me l’avait soufflé, à l’intérieur de moi, je pris le chemin de droite, comme happé par une direction, quelque chose que j’espérai, et qui se matérialisai enfin.

 

Au terme de ces trois ans, mon contrat d’apprentissage pris fin, et mon patron refusa de me conserver. Je me retrouvai alors là, seul, à qui voudrai bien de moi, à disponibilité des aléas et des évènements. C’est à cette époque que je rencontrai une fille, à un cours de musique, où avec mes petites économies, mes parents m’avaient inscrit pour apprendre le violon. C’était une fille de bourgeois, une intellectuelle. Je la faisais rire, elle m’apprenait à lire. Nous nous promenions dans la ville, en nous tenant la main, nous nous asseyions sur un banc, puis elle me récitait ses livres de philo, pendant que moi je pouffai de rire. Elle m’emmenait écouter des disques chez elle, je découvrais un tout autre univers, un nouveau monde, une légèreté. J’écoutai cette musique, et c’est comme si tout changeait, que moi-même je disparaissais, j’oubliai mon corps, j’oubliai ma vie, mes tracas, et quelle sensation, quelle légèreté, de ne plus rien sentir, juste ressentir les mots et les sons, qui se promenaient dans l’air, et que de mon être intérieur, j’accompagnai. C’est aussi à cette époque que mon père devint champion régional de saut à la perche, les riches du village se succédaient alors à notre maison pour féliciter mon père. C’est ainsi qu’un jour, un riche entrepreneur proposa à mon père, pour lui rendre service, de m’employer comme couvreur zingueur. Et je devins alors couvreur zingueur.

 

Sur certaines pierres, je lisais parfois des visages. Un visage ami, un visage ennemi, un visage amoureux, un visage monstrueux. Peut-être est-ce l’amour et l’affection qui guidaient mes pas, qui orientaient ma vie et qui décidaient pour moi, des chemins à suivre. 

 

J’avais dix-sept ans, je travaillais sur les toits. Je ne m’occupais que du zinc, je faisais mon boulot, je faisais les gouttières, les chéneaux, tout ce qui se trouvait sur les toits. Le métier était dur, dangereux, régulièrement, des ouvriers tombaient du toit, pour finir un peu plus loin, au cimetière. On buvait, et fumait aussi beaucoup. Je les voyais, ces visages de ceux qui avaient fait ça toute leur vies, des visages abîmés, tristes, sans joies, c’était un métier qui ne laissait que peu de place à toute forme d’avenir, ou d’espérance. Et puis, notre paye était misérable, et à cette époque, j’étais encore mineur, le peu que je gagnai était reversé à mes parents. Je n’en touchai qu’une infime partie. Pour gagner plus de sous, je chipais des outils, sur les chantiers, que je revendais le soir aux ferrailleurs. Avec mes économies, je m’étais acheté un vélo. Un vélo d’occasion, que j’avais racheté à un des ouvriers sur le chantier. C’était mon premier vélo, un vélo moderne. Je n’avais que peu de loisirs, en dehors. Juste le dimanche, j’allais jouer au football. Je n’étais pas mauvais, mais j’étais fatigué, notre métier était dur, et arrivé le jour du match, j’étais épuisé. Je me rappelle juste une fois, ma mère avait été malade toute la semaine, et j’étais resté à la maison pour la soigner. Le dimanche, j’étais arrivé en forme, pour la première fois. J’avais mis trois buts. Le lendemain, ma mère mourut.

 

Sous le soleil et au repos au bord d’un chemin, je rêvais d’être un homme, fort et fier, quand je serai grand, j’aimerai être libre et traverser les mers et les continents, comme ces héros solitaires. Le soleil me brûlait les pieds, la vie brûlait en moi.

 

Deux ans plus tard, je fus convoqué pour le service militaire, obligatoire à cette époque. Je passai des examens d’entrées et fus appelé quelques semaines plus tard dans une autre région où je restai quatre mois avant d’embarquer en bateau pour le Maroc. On me mit dans le génie. Sans doute, était-ce parce que j’avais travaillé auparavant dans le bâtiment. Je travaillais dans les montagnes, je faisais des routes, des kilomètres de routes. On m’avait désigné Caporal. Je n’avais rien demandé, mais comme tous les autres avaient demandé à ne pas l’être, je me retrouvais ainsi à donner des ordres. Nous travaillions sur des chemins qui existaient déjà, mais trop étroit pour le passage des camions, nous les agrandissions. Avec pelles et pioches, j’ai comme cela, traversé le Maroc. Un an plus tard, nous fûmes appelés en Algérie, et je continuai ainsi à dessiner des routes dans tout le pays. De temps à autre, nous croisions des gens, le long des routes, qui traversaient eux aussi, ce pays, par le désert. Parfois, ils venaient nous voir, nous demandaient des cigarettes, de la nourriture. Parfois, nous prenions des photos ensemble, mais où allaient-ils, que faisaient-ils, nous ne parlions pas la même langue, et nous en restions là, chacun respectant l’étrangeté de l’autre, comme des ombres. 

 

Je m’imaginai ces pierres vivantes, comme des signaux dans l’espace qui s’allumaient lorsque je les approchais. Je faisais alors un vœu, pendant qu’elles lisaient mes pensées et m’indiquaient sur tant de chemins possibles, celui à suivre. 

 

Après trois ans de service, je fus libéré. Je rentrai alors chez moi retrouver ma famille. La guerre, ou la vie, avaient à nouveau décidé certaines choses pour moi. La fille que j’aimai, s’était mariée avec un autre, et mon patron était décédé des suites d’une longue maladie. Je n’avais plus personne à aimer, plus aucune rentrée d’argent, et je me retrouvai là, seul, à attendre que la vie me donne des signes d’avenir. Un jour, que je dû aller faire des déclarations au commissariat de police, un gendarme me dit que si je voulais rentrer dans la police, j’avais priorité, mais après réflexion, mon père ne voulu pas que je devienne gendarme, il voulait que je devienne cheminot, pendant que moi je voulais devenir facteur. Je passai ainsi des examens aux chemins de fers, ainsi qu’à la poste, puis au deux, je fus refusé. Je repris néanmoins le football et c’est ainsi qu’un jour de match, loin de chez moi, un de mes anciens collègues de chantier, me reconnu et vint vers moi. A la mort de notre patron, il était parti avec quelques autres à la capitale. Un entrepreneur les avait débauchés un jour sur le chantier, et ils vivaient là-bas depuis maintenant deux ans et étaient heureux. Il me proposa de les rejoindre, et j’acceptai. Muni d’une seule valise, je parti alors pour la capitale la semaine suivante, où là-bas, je redevins ce que j’avais jadis été, couvreur zingueur.

 

A la nuit tombée, le ciel se remplissait d’étoiles, et le site disparaissait. Seules les pierres s’illuminaient au fur et à mesure que je m’approchais, et reliant les étoiles par des lignes imaginaires, je transposais mes figures sur le sol, et entre les pierres, mon avenir se dessinait.

 

Je vivais depuis quelques mois déjà, dans une pension, où mon patron m’avait installé dés le premier jour, et où très vite, j’étais devenu ami avec chacun des habitués. Je dépensai néanmoins beaucoup d’argent, et bien que ma paye fût meilleure, la vie était ici plus chère. Un soir, à la pension, un des gars du bistrot passa le mot au patron comme quoi il cherchait quelqu’un le samedi et dimanche pour garder son manège, un tape-cul qu’on appelait ça. Je dis d’accord, et me retrouva ainsi chaque week-end, pour compléter ma paye, à surveiller les enfants sur les manèges. C’était des chaises qui pendaient, sur lesquelles étaient installés les enfants, et qui une fois le manège actionné, se mettaient ainsi à tourner, de plus en plus vite. C’était néanmoins assez dangereux, et je devais ainsi vérifier que chaque enfant soit bien installé, avec sa ceinture bien en place. Arrivé l’hiver, les fêtes étaient terminées, et le propriétaire du manège eu alors l’idée, de se lancer dans ce qu’on appelait, les romans-photos. Nous faisions ainsi les solderies où nous récupérions de vieux romans-photos que nous revendions ensuite sur les marchés par paquet de six ou sept. Les femmes achetaient beaucoup ces revues à l’époque, c’était la mode. Ca commençait à très bien marcher pour nous, je lâchai alors définitivement mon travail de couvreur zingueur pour devenir vingt ans plus tard, et comme mes parents l’avaient été, marchand forain.

 

Au pied des menhirs, parfois, sortait un lézard. Et je savais bien que tout cela, comme chacun de ces signes, étoiles filantes, hululement d’hiboux, ou branches d’arbres à terre, n’étaient pas le fruit du hasard, mais bien le monde par voie de chacun de ses éléments qui dialoguait avec moi et auquel je me devais d’être attentif. 

 

J’eu alors un jour, un coup de téléphone. Les parents de cette fille que j’avais aimé, quinze auparavant, m’appelaient, moi. Comment avaient-ils eu mon numéro, par mon père sans doute, je ne l’ai jamais su et ne l’ai jamais demandé. Leur fille avait divorcée, avait été malheureuse. Elle avait rejoint la capitale et logeai dorénavant chez sa sœur. Elle souhaitait me revoir. Je la retrouvai ainsi un midi, sur la terrasse d’une brasserie célèbre de la capitale, nous nous racontâmes nos dix années écoulées, parfois très lentement, parfois à toute allure, au bout de quelques heures, je vis qu’elle avait envie d’un baiser et l’embrassai. Nous repartîmes alors de zéro. Ensemble. L’ami d’un marchand forain dont le père était décédé avait hérité d’un stand de tir et d’une boutique de confiserie. Il souhaitait conserver le tir, mais vendre la confiserie. Nous lui rachetâmes sa confiserie, et nous installâmes dans une boutique non loin d’où nous habitions. Nous travaillions alors en couple, et elle, bien que très cultivée, s’amusait de cette affaire. Je crois qu’à cette époque elle voulait d’abord être libre, connaître la vie, et ne plus se retrouver enfermée dans un mariage. Nous faisions ensemble des pommes d’amours, des sucres d’orges, des chupa-chups, des caramels mous, et quelque fois même, de la nougatine que nous découpions en tranche.

 

Les beaux jours étaient revenus, la belle saison avait fait germer les plantes tout autour des pierres et l’après-midi, parfois, des moutons des landes venaient se promener dans cet immense jeu des destins dans lequel je continuai d’avancer.

 

Tenir une boutique était parfois assez encombrant, et administrativement c’était beaucoup de travail. Parfois il y avait du monde, mais parfois personne, et nous laissions ainsi passer parfois des journées entières sans toucher un centime. C’est à cette époque qu’un voisin nous proposa de tenir une baraque à frite au bord d’un étang. Le site était superbe, remplit de touristes, et était assurément l’endroit idéal pour vendre confiseries, gaufres et orangina. Nous nous installâmes au bord d’un étang, sous les pins, à l’intérieur d’une caravane longue de huit mètres, et que j’avais entièrement réaménagée. Nous faisions des frites, des casses croûtes, vendions des glaces, un peu de confiseries, des crêpes, gaufres et barbe à papa. Les gens venaient là pour sa baigner, ils se posaient au bord de l’eau, ils passaient devant notre boutique, et nous achetait des frites. Quand il faisait chaud, ils faisaient même la queue sur dix mètres pour une glace et un coca-cola. C’était bien quand il faisait beau, mais il suffisait qu’il tombe un peu d’eau, ou que le ciel passe du bleu au gris pour que les affaires marchent moins bien. Je vivais ainsi, de nouveau, comme une vie de bohême, nous nous levions le matin au bord de l’eau, et nous espérions juste le soleil.

 

Je me réveillai avec le soleil, entre deux menhirs, au bord d’un chemin de terre, que j’avais choisi et qui dessinait ma vie. Je marchai ainsi toute la journée, faisant des haltes au pied des menhirs, au bord desquels je faisais un vœu.

 

Je ne sais comment ou par qui il entendit parler de moi, mais mon premier compagnon forain me retrouva et me proposa de reprendre la suite de sa caravane sur les fêtes foraines. Il avait toujours son stand de tir, et maintenant en plus, une caravane à frites. Il était malade, et souhaitait vendre ses biens à quelqu’un qui en ferait bon usage. Je lui rachetai donc son stand de tir et sa caravane à frites que nous baptisâmes : la confiserie du voyage. Bien que nous fussions très attachés à notre vie nomade, nous avions maintenant quatre caravanes, et nous décidâmes alors d’acheter un terrain sur lequel parquer tout notre matériel. Nous achetâmes un terrain non loin de là. Au beau milieu de celui-ci, il y avait une maison, complètement détruite et en ruine. Nous décidâmes de ne pas y toucher, que nous continuerions de vivre dans des caravanes, autour, et que cette maison deviendrait pour nous le symbole ou le vestige d’un mode de vie qui ne nous correspondait pas et dont nous ne voulions plus. Nous ne voulions pas de maison, pas plus que d’enfants ou de mariage. Nous nous aimions ainsi, et aimions ce fait d’être libre de nous quitter ou de disparaître au bout du monde quand la vie en déciderait.

 

La neige recouvrait tout le champ de menhirs. Le ciel, le sol, étaient blanc, comme absents. Seules les pierres étaient réelles, seules elles existaient et illuminaient ce paysage abstrait, ce champ d’espoir. Seules elles, que je suivais, étaient à même de m’indiquer l’avenir.

 

Un jour, un homme vint me voir à notre domicile. Il se disait être, le frère d’un célèbre écrivain qui venait de mourir. Il souhaitait savoir, si dans mon registre, je faisais aussi des débarras. Je visitai l’appartement en question. L’homme était mort seul à son domicile, et le corps n’avait été découvert qu’un mois plus tard par les voisins qui suspectaient depuis quelques temps déjà, une étrange odeur. L’appartement était dans un état de putréfaction avancé, mélangé à l’odeur des désinfectants des pompiers, on avait du mal à imaginer qu’un homme ait pu habiter ce lieu, sinon d’avoir été prisonnier de lui-même et de son propre domicile. Hormis cet état de crasse, l’appartement regorgeait de livres rares et d’objets de valeurs. J’acceptai l’offre, et nous débarrassâmes la semaine suivante l’appartement. La chose fit grand bruit, la presse vint nous voir, nous interviewa, et c’est ensuite plusieurs patrons de diverses maisons d’éditions qui vinrent nous voir pour me racheter des livres. Je rencontrai alors un ancien professeur d’histoire qui tenait, presque à lui tout seul un marché du livre en plein cœur de la ville. Il avait entendu parler de moi dans la presse, et me proposa d’y tenir un stand. C’est ainsi par cet enchaînement d’heureux hasards et de rencontres fortuites que je devins libraire. 

 

Pierre après pierre, j’avais construit un monde, des gens, des villes que je parcourrai, des vies que je partageai. J’avais inventé tous les événements de l’histoire, et chacun des décors. J’avais rêvé d’un langage, et je m’étais inventé des mots.

 

Je continuai à faire des débarras, dans des maisons, des appartements. Le matin, j’étais brocanteur, l’après-midi j’étais libraire. J’avais maintenant mon stand réservé, tout s’y passait pour le mieux et j’avais même acquis une petite notoriété. Régulièrement, quelques écrivains ou artistes de cinéma venaient m’acheter des livres. Puristes, écrivains en pannes d’inspiration, amoureux de leur pays natal, passionnés de chemins de fer ou d’artistes contemporains, ma clientèle était tout aussi diverse que passionnée. J’avais néanmoins maintenant beaucoup de travail, et je demandai ainsi un jour à une habituée si elle ne connaissait pas quelqu’un, un jeune, qui serait intéressé pour venir m’aider, quelques jours la semaine. Elle revint le lendemain, et me présenta un ami à elle, qui avait raté l’école, comme moi, et qui en sortait tout juste, un peu perdu, et sans autre projet en tête que d’accepter une main tendue et de se sentir utile. Nous nous mîmes ainsi à travailler ensemble, il avait quelques souvenirs d’école de littérature, et se révélait ainsi très utile pour conseiller les lecteurs. Il eu un jour l’idée de trier non plus les livres par ordre alphabétique, mais par couleur, ce qui amusait les passants, et attirait ainsi encore davantage de monde. Avec le temps, je me pris d’affection pour lui, il était orphelin et avait eu, comme moi, une enfance dure et malheureuse. Peut-être est-ce dû à la mort de mon père l’année suivante et les pensées qui en découlèrent, la nostalgie, l’envie de transmettre à son tour quelque chose, mais nous prîmes cette décision de l’adopter et il devint ainsi notre fils. 

 

Je sentais depuis quelque temps déjà que le chemin touchait à sa fin, que je m’approchai des grands arbres et de la forêt et que bientôt, je n’aurai plus d’autres choix que de m’arrêter.

 

Je n’avais jamais pensé à la retraite, enfin je ne crois pas, du moins pas que je ne m’en souvienne. Un jour, mon comptable m’appela, l’état avait mis en place une importante prime de départ pour les petits commerçants, et pour la toucher, je devais me mettre en retraite dans l’année. J’avais soixante six ans, j’étais depuis quelques années déjà, fatigué, et j’acceptai. J’espérai à cette époque que mon fils reprenne mon commerce, mais ce ne fut malheureusement pas le cas, il décida lui aussi, et finalement comme moi, de voler de ses propres ailes. Je lisais l’autre jour, dans un livre qui parlait de l’enfance, que c’était finalement le destin de chaque homme ayant eu une enfance malheureuse, que de poursuivre toute leur vie, et peut-être malgré eux, comme une sorte de retour à l’état d’enfant. Comme si, arrivé l’âge adulte, arrivé la liberté, l’autonomie, l’épanouissement, toutes ces choses dont enfant, on avait été privé, il manquait quelque chose, il manquait ce morceau de vie que certains disent être le plus beau, et qu’il fallait dés lors et dans la tête, rejouer la partie, recommencer les choses à partir de zéro, et faire des choix différents, pour que ce morceau de vie, soit différent. Je me rappelle, tout petit, lorsque mes parents étaient encore forains et que nous habitions en Bretagne, nous faisions la fête dans un village qui s’appelait Carnac. Je me rappelle qu’au bord de ce village, il y avait un champ gigantesque peuplé de mille menhirs. Pendant que mes parents travaillaient sur les fêtes, et que ma sœur était sur les manèges avec ma grand-mère, je m’étais inventé un jeu. Je passais mes après-midi sur ce champ de mille menhirs, à marcher sur un chemin qui n’existait que dans ma tête. Je m’étais imaginé un chemin, qui, démarrant d’une maison, serpentait au milieu de ces mille menhirs, et qui se divisait en d’autres chemins, puis d’autres, puis d’autres, et ainsi de suite. Je voyais ce terrain de pierre, comme un jardin féerique, comme un jeu des destins, une sorte d’immense jeu de l’oie que j’étais le seul à visualiser et à parcourir. Il n’y avait rien à gagner, rien à perdre, c’était la vie, juste la vie, et les choix que je faisais, les choses auxquelles j’aspirai, qui dessinaient un chemin entre les pierres. Chaque partie était différente, et chaque chemin était tantôt celui-ci, tantôt un autre. J’imaginai que ces pierres parlaient, qu’il suffisait que je fasse un vœu, pour qu’elles m’indiquent, la voie à suivre, en fonction de ce que j’espérai. J’avais six ans, et j’idéalisai la vie comme un jeu d’enfant. C’était avant la guerre. Avant les tickets de rationnement, avant nos voisins fusillés, avant l’école catholique, avant le travail forcé à quatorze ans, avant les voitures à bras, avant la mort de ma mère, avant la guerre d’Algérie, avant mon enfance volé et avant que la vie ne fasse de moi, finalement ce que je rêvais d’être enfant, un homme. Je lisais ce texte sur l’enfance, et je repensai à ce champ de pierre. Je me disais que finalement, au fur et à mesure des événements, de l’histoire, des rencontres, et d’un ordre ou d’un contexte auquel je ne pouvais rien, j’avais néanmoins fait des choix. Des choix qui n’appartenaient qu’à moi, des choix que j’avais été seul à commander, et qui avaient dirigé ma vie. J’ai voulu être libre, et n’obéir à personne, pour jouir d’une liberté dont enfant, j’avais été privé. Face à ce contexte, face à la vie qui a décidé pour moi des choses, j’ai fais des choix, j’ai dessiné dans l’espace un chemin. Je repense à cette maison, au milieu de ce champ de pierre, de laquelle démarraient mes aventures, parce que je crois qu’au fond, je suis né dans cette maison.

 

I was born in a caravan pulled by horses. My parents were stallholders in funfairs. That was their job. I have this very remote memory, almost drawn out from my imagination, that we used to travel from one country to another. We traveled across Brittany, from village to village, in our caravan along with our carousel and our game of can knockdown. We used to celebrate in Auray, Plouay, Ploërmel, Muzillac, Sarzeau, Quimperlé, Langonnet, Carnac, basically all the area's major towns. We had to move every eight days. I remember that I used to go and ask for food in the farms nearby with my grandmother. Some vegetables, a jar of rillettes, that depended. For the most part, people were rather incline to give. In exchange, we sometimes fixed their chairs, pans and scissors, or sharpen their tools. Sadly, I only have so many memories left from that time of travels, adventures and possibilities. At that point in my life, I had never inhabited a house and had consequently no idea of what the word home could mean. But although memories of our carousel fail to emerge as well, I believe that this life of celebrations, adventures and random encounters was engraved in me since the very beginning. Life has always been a game to me.

 

Ménec's alignments in Carnac (Brittany) are a set of a thousand standing stones that have been there for more than 6 000 years. In the early past century, a house was built with some of the site's stones. A house in the middle of a thousand stones.

 

In 1939, war broke out. The Germans came to Brittany and occupied it. My dad was made prisoner and taken to what was then known as Czechoslovakia. He was still able to write to us quite often, though. It had become very dangerous to live in caravans. The Germans mistook them for military convoys. So we decided to leave ours, as well as our bohemian way of life, and to settle in town, where my mother used her savings to buy a small house. I was six and there, my childhood was gone. To earn some extra cash, my mother took a servant job and was busy all day sewing or cleaning houses, while my sister and I had to walk to school. I hated that time. I still do. School should be forbidden. It stands for all that we tried to escape from as children: order, discipline, coldness. The teacher didn't like me but I didn't like him either. There was some kind of racism in the air at the time and my parents, especially my mother, were often given the funny look. I wasn't a very gifted pupil, I used to stay in the back of the classroom and look through the window where there wasn't much going on. And I was daydreaming, waiting, hoping for something to happen.

 

In front of this house is a dirt road that sneaks its way between a thousand stones. One night, as the city was asleep, I came down to the hallway, barefoot, and I closed that door before walking out under the stars.

 

 

It wasn't easy to find some food at the time and I remember that some nights, I fell asleep with hunger harassing my stomach. At the bakery up the street, we sometimes queued for a whole day to get half a piece of bread. The American soldiers came in 1944 and things steadily went back to normal. They set up camp in the field next to our home, where there was nothing else than nature. I used to visit them at night as I came back from school. They welcomed me by giving me gums, candies and cigarettes. That's when I ate my first gums, smoked my first cigarettes. I was eleven. One year after that, my dad was freed by the Russians. During his captivity, he had become friends with a monumental mason whose father was looking for another employee, in addition to his own son. So we moved to another area and settled in a larger house that had a garden. My father became a monumental mason as well. My mother stopped working in order to take care of me and my sister. I was still going to school during the week and helped my father at work on weekends. I was dealing with funerary monuments in the cemetery, carving the names of the dead in the marble plates.

 

I jumped from the front steps and followed this dirt road that offered itself to me. A few feet further, two megaliths marked some kind of doorstep before entering another life. Beyond that door, that path became three. So I made a wish.

 

At school, my teacher didn't want me to take my school certificate exams. He didn't think me able to succeed. My parents felt offended but my father, someone pretty authoritarian, didn't feel the need to insist and pulled me out of school. At the time, when you were fourteen, you either went to school or became an apprentice. That was the law. My teacher chose for me. Or maybe it was life, as we often say, that did. When he wasn't at work, my father was also a gym teacher. Ha had even been a regional champion in pole vaulting and weightlifting. During a contest, he met an entrepreneur who offered to employ me as a plumber in his workshop. So I was fourteen and beginning to work, a three-year contract of apprenticeship in my pocket. I assisted the workers on construction sites. I remember that we used to go around town with some sort of cart that I had to push alone, even in the hills sometimes. I used to come back home, at night, broken. I guess that with time, my parents had gotten tired and that, like everybody else, they had hoped to lead a more stable and reasonable life. They may have been happy. I don’t' know. I know I wasn't. I was a child, filled only with frustration and anger.

 

It may have been an intuition, I don't know how else to call it. As if someone had whispered this, inside me : I took the path on the right, as if I were being swallowed by that direction, by something that I had expected for so long and that finally materialised.

 

My apprenticeship cam to an end after those three years and my boss refused to keep me. So I found myself alone, available to both anyone who might want me and any event that might surface. That's when I met a girl. It was at a music lesson my parents had agreed to register me to, using the little savings that we had. I was taught to play the violin. She was a middle-class girl, an intellectual. I made her laugh and she taught me how to read. We used to wander across town, holding hands, then we would sit on a bench, she would tell me all about her philosophy books while I couldn't help bursting out laughing. She would take me to her home to listen to some records. I was introduced to another universe, another world, some kind of lightness. I would listen to this music and it was like everything changed, like I were disappearing. I forgot my own body, my life and its troubles, and what a sensation, what a lightness ! When you don't feel anything else but the words and sounds floating in the air while you accompany them...

That was also the time when my father became a regional champion in pole vaulting. Every rich man from the village came to our house to greet him. That is how, someday, a wealthy entrepreneur offered to give us a hand by employing me as a zing worker on the city's rooftops. So that is what I became.

 

On some stones, I could sometimes see a face. It could be that of a friend or a foe, as well as a loving or a hideous one. Maybe love and affection were guiding my steps, gave my life an orientation and decided for me which path to follow

 

So I was seventeen and working on the rooftops. I was only dealing with zinc, taking care of gutters and, basically, of whatever happened to be on the roofs. The job was both hard and perilous. Workers often fell and ended up a little further down, in the cemetery. We also used to drink and smoke. A lot. I often contemplated the faces of those who had been doing this all their life, those weary, sad and joyless faces. The job was leaving few room for some kind of future or hope. And our pay was ridiculous, not to mention the fact that as a minor, the few coins I earned had to go straight to my parents. I only saw a tiny bit of it. To earn some extra cash, I used to pinch some tools on construction sites which I would resell to scrap-merchants afterward. I used my savings to purchase a second-hand bike from a coworker. That was my first bike. A modern bike. I didn't have that much spare time outside of work. I only went to play football on Sundays. I wasn't bad but by the day of the game, I was exhausted. I remember that one time, my mother was ill and I stayed home to take care of her. The next Sunday, I arrived in good shape and rested for the first time. I scored three goals. My mother died the next day.

 

Under the sun, I was resting on the edge of a path and dreaming of becoming a strong and proud man. When I am older, I'd like to be free and sail across every ocean and to every continent, like those solitary heroes used to. The sun was burning my feet as life was burning in me.

 

Two years later, I was called for national service, which was mandatory at the time. I took admission exams and was called in another region a few weeks later, where I stayed put for four months before sailing to Morocco. I was assigned to engineering, probably because I had worked in the construction industry. I was working in the mountains, building roads, miles and miles of roads. I was appointed Corporal. I never asked for it but since no one else wanted the job, I found myself commanding to others. The paths we were working on were too narrow for trucks to pass. Our job was to widen them. I went across Morocco accompanied by shovels and pickaxes. One year later, we were asked to go to Algeria so I kept on drawing roads all over this country as well. From time to time, we met people who were also crossing the country through the desert. They sometimes came and asked us for cigarettes or food. We even took some photos together once or twice but where were they heading to and what were they doing ? We had no common language to speak so we just stood there, quietly observing each other's strangeness, like shadows.

 

I imagined those stones were alive and lightened up as I came close to them them, like signals in space. I made a wish while they were reading through my mind and indicated me, among so many possible paths, which one I shall follow.

 

I was released after three years of service. I went back home to reunite with my family. War, or life, had once again taken some decisions for me. The girl I used to love had married another man and my boss had died from a long disease. I had no one to love and no income to expect. I was just waiting for life to send one of its signals about some kind of future. One day, I went to the police station for some administrative procedure. A policeman informed me that if I wanted to join the police, I would be given priority. But that wasn't what may father had in mind for me. He wanted me to be a railway worker, while I aspired to be a postman. I applied for both and failed each time. I started to go back to football and someday, on an away game, I ran into a former construction coworker. When our boss passed away, an entrepreneur hired them, so he went to the capital with a few others. They had been living there for two years and seemed happy. He asked me if I would join them and I accepted. I only took one suitcase as I left the following week. Over there, I became once again what I had already been in the past : a zinc worker.

 

At nightfall, the sky filled up with stars and the site disappeared. Only the stones lightened up as I came closer and, connecting the stars with imaginary lines, I transposed my faces on the ground. Between the stones, my future was being drawn.

 

My boss had me moving in a boarding house on the first day. Very soon, I made friends with every regular customer. Life was a lot more expensive and although my pay was better, I spent a lot. One night at the pub, a guy told the owner that he was looking for someone to look after his carousel on weekends. A see-saw, as they called the job. I agreed and just like that, I was watching after kids on carousels every weekend, in hope of increasing my income. It was mostly chairs that hanged and started to turn faster and faster. It was still quite dangerous and I had to make sure every child was properly buckled up. Fairs were over by winter and the carousel's owner thought that he should launch a business around photo stories. We went from one discount store to another where we picked some old picture stories that we would resell by bags of six or seven at the marketplace. Women used to buy loads of those magazines back then, it was a trend. Things were beginning to fall into place for us. I decided to quit my job as a zinc worker and to become, like my parents twenty years earlier, a stallholder.

 

At the bottom of the standing stones, a lizard sometimes came out. I knew that each one of those signs, shooting stars, owls hooting or branches falling on the ground, weren't happening by accident. It was definitely the world which held a dialogue with me through all of its elements and to which I had to pay close attention.

 

One day the phone rang. The parents of the girl I once loved fifteen years ago were calling me. How did they get my number ? My father must have given it to them. I never really knew since I never asked. Their daughter was divorced and had been quite unhappy. She had moved to Paris and was living at her sister's. She wished to see me again. We met at midday on the terrace of a famous cafe. We told each other everything about the last ten years, sometimes very slowly, sometimes at full throttle. After a few hours, I noticed the she wanted a kiss and so kissed her. We were starting from scratch. Together. The friend of a fellow stallholder had inherited a shooting gallery and a candy shop from his deceased father. He wished to keep the gallery but was looking to sell the candy shop. We bought it from him and settled our business not that far from where we were living at the time. We were working as a couple and, despite her being quite cultivated, she found all of this very entertaining. I think that most of all, she felt the need to be free, to experience life without being trapped in some marriage. Together, we sold toffee apples, barley sugars, Chupa Chups, soft toffees and even nougat now and then, which we used to cut in slices.

 

Spring had come back and helped plants germinate all around the stones. Sometimes on the afternoon, sheep came from the moors and took a walk at the heart of this gigantic game of fates in which I kept moving forward myself.

 

Running a business could turn out to be quite time-consuming. It was also a heavy load of work in terms of administrative management. We could see a crowd of visitors one day and absolutely no one the day after that, so we sometimes went through a whole day of work without earning a single penny. That's when a neighbour suggested that we opened a chip stall by the lakeside. The site was gorgeous, filled with tourists. It was undoubtedly the ideal spot for us to sell our candies, waffles and orange fizzy drinks. We settled under the pines, inside a 25 foot long caravan that I had converted. We sold French fries, snacks and ice creams along with some candies, crepes, waffles and candy floss. People generally came down there to swim then swung by our caravan and bought us French fries. If the weather was warm enough, they would even queue over 30 feet in hope of getting themselves some ice cream and a Coke. So naturally, it only took a few raindrops or the sky turning from blue to grey for us to see our business slow down. Once again, I was living a bohemian life. We used to wake up by the waterside and just hope we'd see the sun.

 

I woke up and saw the sun appear between two standing stones, on the edge of a dirt road that I had chosen and that drew my life. I walked that road the whole day, briefly stopping at the bottom of the standing stones to make a wish.

 

I don't know how or from whom he had heard of me, but my very first fellow stallholder managed to find me. He offered that I took care of his caravan during funfairs. He still had his shooting gallery, to which he had added a chip van. He had fallen sick and wished to sell his goods to someone of trust. So I purchased both the shooting gallery and the chip van from him. We baptised them The Travellers' Candy Shop. Although we were quite fond of our nomad life, we still had four caravans of our own. That's why we decided to buy a piece of land, not far from there. At the center of it was a house in ruins, almost completely wrecked. We decided not to do anything with it but go on living around it, in caravans. This house would indeed become the symbolic vestige of a life that didn't fit us and which we didn't want any longer. We wanted no house, nor did we children or marriage. We loved each other just the way things were and enjoyed this freedom we had that would allow us to leave each other or disappear on the other side of the world if life ever decided so.

 

Snow had fallen all over the standing stones field. The sky and the ground were both white, as if they were absent. Only the stones were real, only they existed and illuminated that abstract landscape, this field of hopes. Only they, as I followed them, were in position to unveil the future.

 

One day, a man came to our home and claimed to be the brother of a famous writer that had just passed away. He wanted to know if my services also covered clearing. So I visited the flat he talked about. The writer had died all alone in his home and the body had only been found one month later. Neighbours had suspicions when a funny smell started to spread. The flat was in an advanced state of decay. When you added the smell of firemen disinfectants, one could hardly imagine that a man had inhabited the premises unless he had been held captive by both himself and his own house. Once you looked past this dirt, the place was packed with rare books and items of great value. I took the offer and we cleaned the flat the next week. It actually made a big splash : the press came to interview us while several book houses came to buy from us. That also brought an old history teacher to me, who had a bookstall right in the town center. He had heard of me through the press and thought I could have my own stall there. That is how, thanks to happy hazards and fortuitous encounters, I became a bookseller.

 

One stone after another, I had built a world with people and towns to visit, lives to share. I had invented every event of the story. I had dreamed a language and invented some words for myself.

 

I was still clearing houses and flats. I was a secondhand goods dealer in the morning and a bookseller in the afternoon. I had my own stall, I was doing pretty fine and even started to build some sort of renown. Writers and artists from the movie industry came to me to buy some books. Purists, writers looking for some renewed inspiration, lovers of their motherland, experts on railroads or contemporary artists : my clientele was as diverse as it was passionate. I had a lot on my plate so one day, I asked a customer if she knew someone, a young guy perhaps, who would give me a hand a few days a week. She came back on the next day and introduced me to a friend of hers who had failed school just like me. He seemed a bit lost and had basically no other project than to welcome the sight of an outstretched hand and to make himself useful. We started working together. Memories from past literature lessons hadn't left him so he was more than able to advise readers. One day, he thought it would be wiser to rearrange the books by color instead of alphabetical order, which amused passers-by and drew even more people to the shop. With time, I started to show affection for him. He was an orphan too and had also had a rough and unhappy childhood. It may have been my father’s death the year after that and the thoughts it generated in me... It may have been some nostalgia or the will to pass on something... Anyway, we decided to adopt him and made him our son.

 

For a little while, I had been sensing that the path was coming to an end. That, as I came closer to the forest and its great trees, I would soon have no choice but to stop.

 

I don't think I had ever considered retirement up to that point. That was before an accountant called to inform me that the government was granting retirement bonuses and that in order to receive it, I would have to be retired by the end of the year. I was sixty and had been tired for so many years. I was hoping that my son would take over the shop but he didn't. As I did in the past, he chose to stand on his own two feet. In a book about childhood, I had read that the fate of all unhappy children was to pursue, as men, ways to return to this childish state, even against their own will sometimes. As if, despite becoming adults, despite the freedom, independence and fulfillment, despite all those things from which we had been deprived, something was still missing. As if this part of life was missing that some people claim to be the nicest of all. As if there was no option but to play the game once again, in one's mind, to start from scratch and make different choices in order to make this piece of life different as well.

 

I remember that as a child, when my parents were still stallholders and living in Brittany, we used to celebrate in this village called Carnac. Just outside the village was a gigantic field inhabited by a thousand standing stones. While my parents were working and my sister riding carousels with our grandmother, I invented a game. I spent all my afternoons walking up and down that field, following a path that only existed in my mind. It started from a house's doorstep and sneaked its way between the standing stones before splitting into several other paths, and so on... The field was a magical garden to me, a gigantic game of fates or of snakes and ladders that I alone was able to perceive and cross. There was nothing to gain nor to lose. It was just life, life and the choices I was making, life and the things I was hoping for, that drew a path between the stones. Every option differed greatly from the previous one. I used to imagine those stones talking : if I hoped for something, I only had to make a wish for them to tell me which way to go.

 

 

I was six, idealizing life like it were a child's play. That was before war. Before ration tickets, before our neighbours got shot, before catholic school, before forced labour when I was fourteen, before pushing a cart in the hills, before my mother's death, before the Algerian war ; before my stolen childhood and before life made me what I had dreamed to be as a child. I was reading those words about childhood and thought of this field of stones once again. I realised that as events, stories and encounters kept happening and despite an order against which I could do nothing, I had eventually made choices. Choices that only belonged to me, that I was able to make on my own and that had ruled my life. I had desired to be free, not to take orders from anyone, in order to enjoy this freedom that I had been deprived of as a child. Despite the decisions life had sometimes made for me, I had still been able to make choices and to draw a path. I'm thinking about the house again, at the center of this field of stones, from which all my adventures used to start, because deep down, I believe I was born in this house.

 

Guillaume Bellanger

 

Remerciements : Philippe Bélaval, Michel Bellanger, Roland Bellanger, Raphael Betillon, Sofia Boudou, Christine Boujot, Jean Chemineau, Marine Dupuis-Baudrillard, Claire Feuillet, Huguette Le Bot, Christophe Le Moal, Ewen Le Rouic, Julie Napoléon, Jean-Benoît Vétillard

 

 Crédits photos : Philippe Berthé, 4V, Pierre Converset / CMN, Paris. 

JACQUES COEUR 1451-1456


UTOPIES MONUMENTALES / Illustration / Le Palais de Jacques Cœur, Bourges. FR


○ 2016
○ 5 documents

TIME NO LONGER EXISTS (2)


UTOPIES MONUMENTALES / Court-métrage / Centre Pompidou, Paris. FR


○ 2015
○ 6 documents

AUJOURD'HUI TOUT A FONDU


UTOPIES MONUMENTALES / Illustration / Le Trophée des Alpes, La Turbie. FR


○ 2015
○ 5 documents

LE PAYS DU REFUS


Entretien avec Claude Parent


○ 2013
○ 17 documents

500 ANS APRÉS L'abandon


MUSEUM OF UNDERWATER ANTIQUITIES / / Concours international ouvert / Piraeus.GR / Archeological Museum of the city of Piraeus


○ 2012
○ 16 documents

GOVERNORS ISLAND URBANEERING


FUTURE CITY OF GOVERNORS ISLAND + RED HOOK / Modeling / New-York. US / Socio-Ecological Exploration of the Next Metropolis


○ 2012
○ 12 documents

TIME NO LONGER EXISTS


UTOPIES MONUMENTALES / Illustration / Centre Pompidou, Paris. FR / Beaubourg-Machine


○ 2012
○ 9 documents

HEIGHT GAUGE


ZONE RÉSIDENTIELLE / Concours international ouvert / Leewarden. NL / Living with water


○ 2011
○ 14 documents

ÉRIC


CONTE / Au pays imaginaire / Lits superposés


○ 2011
○ 10 documents

LA ROUTE DU ROCK 2010


INSTALLATION / Commande privée / Fort Saint-Père. Saint-Malo. FR / Festival collection été. 20ème édition


○ 2010
○ 6 documents

MATCH


RÉNOVATION / Esquisse / Côtes d’Armor. FR / 2 Appartements


○ 2009
○ 9 documents

IM LOOKING FOR SOMEONE TO TELL ME A STORY


SIMULATION / Projet de fin d'études / Saint-Malo. FR / Bibliothèque participative


○ 2008
○ 16 documents

REVERSIBLE


INTRUSION


○ 2008
○ 5 documents

SE CONSTRUIRE


ÉCRIT / Mémoire de recherche / Habiter une architecture organique


○ 2007
○ 4 documents

VISIBLE

Agence d’architecture basée à Paris et créée en 2011 par Guillaume Bellanger.

40, rue du Château d'Eau
75010 Paris. FR

Email : contact@bellanger-visible.com
Twitter : _GBellanger
Website : www.bellanger-visible.com
Phone : + 33 (0)1 42 41 25 72
Webdesign : Théo ABADON
Programmation : Erik ROS
Traduction : Arnaud ROIZEN

CURRICULUM VITAE

2013 / Co-fondation du groupement PRINTEMPS DES ARCHITECTES
2012 / Urbaneer Certificate - One Lab New-York School for Design + Science (Brooklyn.US)
2012 / Architecte au sein de l’agence Shigeru Ban Architects (Paris.FR)
2011 / Création de l’agence d’architecture VISIBLE
2010 / Habilitation à la Maîtrise d’œuvre – École d’Architecture de Bretagne (Rennes.FR)
2009-2010 / Architecte au sein des Ateliers Jean Nouvel (Paris.FR)
2008 / Master d’Architecture – École d’Architecture de Paris-Malaquais (Paris.FR)
2007 / Master de Recherche – École d’Architecture de Paris-Malaquais (Paris.FR)
2006 / Stagiaire au sein de l’agence R&Sie (Paris.FR)
2005 / Licence d’Architecture – École d’Architecture de Paris-Malaquais (Paris.FR)

PROJETS

2016 / Jacques Cœur 1951-1956 - Utopies Monumentales (Bourges. FR) - Illustration
2015 / Aujourd'hui tout a fondu – Utopies Monumentales (La Turbie. FR) - Illustration
2015 / Time no longer exists (2) – Utopies Monumentales (Paris. FR) - Court-métrage
2014 / Les Alignements de Carnac sont un jeu d’enfant – Utopies Monumentales (Carnac. FR) - Illustration
2013 / Le pays du refus - Entretien avec Claude Parent
2012 / 500 ans après l’abandon – Musée des fonds marins (Piraeus. GR) – Concours international ouvert
2012 / Governors Island Urbaneering - Socio-Ecological Exploration of the Next Metropolis (New-York. US) – Modeling
2012 / Time no longer exists – Centre Pompidou (Paris. FR) – Illustration
2011 / Éric – Lits superposés – Conte
2011 / Height Gauge – Zone résidentielle de 402 logements (Leewarden. NL) – Concours international ouvert
2010 / La Route du Rock 2010 – Installation au Fort Saint-Père (Saint-Malo. FR) – Commande directe – Projet livré
2010 / 0000-0005. Conversations sur la Méthode – Série d’entretiens avec François Roche (R&Sie), Pascal Riffaud (Block), Aurelien Giller (Face b), Thomas Raynaud (BuildingBuilding), Cyrille Berger (Berger&Berger), sur les cinq premières années d’une agence d’architecture – Rapport technique HMONP
2009 / Réversible – Installation dans une maison abandonnée – Intrusion
2009 / Match – Rénovation d’une longère (Côtes d’Armor. FR) – Commande directe – En cours d’étude
2008 / I am looking for someone to tell me a story – Simulation d’une bibliothèque participative (Saint-Malo. FR) – Projet de fin d’études
2007 / Se Construire – Écrit sur l’habiter dans une architecture organique - Mémoire de recherche

EXPOSITIONS

2015 / Villes potentielles - Maison de l'architecture (Paris. FR) - Architecture et Anthropocène
2015 / Romulus & Remus - Les Machines de l'île (Nantes. FR) - Exposition Wave
2015 / Time no longer exists (2) - Front de mode (Paris. FR) - Dégager l'horizon
2012 / AJAP 2012 – Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Paris. FR) – Les Albums des Jeunes Architectes et des Paysagistes
2012 / London Design Week – New London Building Centre (London. UK) – Governor’s Hook Project

LECTURES

2016 / Le Pays du refus - École d'Architecture de Bretagne (Rennes. FR) - Cycle de conférences 2015 / 2016
2014 / Saint-Malo - École Spéciale d'Architecture (Paris. FR) - Extrapolation Métropolitaine
2013 / Le métier d'architecte - Onisep (Paris. FR) - Les métiers de l'architecture, de l'urbanisme et du paysage
2012 / I am looking for someone to tell me a story - France Culture (Paris. FR) – La Vignette
2012 / I am looking for someone to tell me a story - École d'Architecture de Paris-Malaquais (Paris. FR) - THP

PRIX

2015 / Lauréat du Richard Morris Hunt Prize Companion 2015-2016
2012 / Lauréat des Albums des jeunes architectes et des paysagistes 2011/2012 (prix décerné par le ministère de la culture et de la communication)