JACQUES COEUR 1451-1456

UTOPIES MONUMENTALES / Illustration / Le Palais de Jacques Cœur, Bourges. FR

○ 2016
○ 5 images

img n°1 → Vitrail représentant une galée de Jacques Cœur © Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux
img n°2 → La Galerie Sud © Jean Feuillie / Centre des monuments nationaux
img n°3 → La Chambre des Galées
img n°4 → La Salle des Festins © Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux
img n°5 → La chambre des mois de l’an







Quoi qu’il pût m’arriver, ma décision de partir était prise. Ce palais était une offrande que je faisais aux temps futurs, non pas dans l’espoir vain qu’ils se souviendraient de moi, mais pour porter témoignage de la force du rêve. Ce qu’un petit garçon de fourreur avait imaginé, à deux rues de là, était devenu cette bulle de pierre posée sur le bord de l’ancien oppidum ; ceux qui continueront de le voir quand j’aurai disparu sauront quelle peut-être la force de l’esprit et prendront, je l’espère, leurs chimères au sérieux. Toutes les choses existent en dehors de nous. La pierre n’a pas besoin de l’homme pour être pierre. Seul nous appartient ce qui n’existe pas et que nous avons le pouvoir de faire venir au monde.

Jean-Christophe Rufin

 

Une coquille pour mon prénom, un cœur pour mon patronyme. Ce palais Jacques Cœur fut ma tête. Dans chaque serrure de chaque porte de chaque salle, j'y ai forgé dans le fer mes initiales, une Jacques et un Cœur.

 

Fils de maître fourreur, né à Bourges, j'ai gravi toutes les marches de l'ascension sociale pour devenir, en 1436,  grand argentier du royaume de France. Grâce à ma flotte, j'ai sillonné la Méditerranée en tous sens jusqu'à amasser une fortune considérable et financer moi-même même les opérations militaires voulues par le roi de France, le dit Charles VII. Anobli par le royaume en 1441, j'ai joui de la plus haute position de considération et de fortune d’un homme de mon époque. Ce palais en est mon témoignage.

 

Mes ambitions, mes rencontres, mon jugement :  j'ai agencé ma pensée selon un ordre dont je ne pouvais témoigner dans cette simple dimension des mots. Toute ma vie, j'ai veillé à ne laisser aucune trace écrite, aucune lettre, aucun mot. Mon témoignage se devait d'être tout autre. Ce palais, je l'ai mûri au fur et à mesure de mon parcours et de ma construction personnelle, dans cette quête de grandeur que j'ai initiée très tôt. J’ai voulu construire un palais unique, qui ne serait non pas une demeure - je n'y habiterai jamais - mais la retranscription de mon âme et mon unique legs. J'ai voulu léguer aux temps futurs mon esprit, témoigner par la pierre, de ma pensée, de l'ordre qui me régit. Si mes contemporains percevront ce palais comme une succession de pièces et de signes désordonnés, peut-être un jour, un homme le  pénétrera et me lira. A cet homme, je succéderai, à travers une autre idée, un autre temps. Arrêté par le roi en 1451, pour malversation et crimes imaginaires, je dus mettre un terme à ce projet. L'enveloppe était terminée et en l'état, ce palais témoignera d'une réussite éclatante, celle d'un petit garçon de fourreur devenu grand argentier du royaume de France. Mon emprisonnement, la déchéance de tous mes titres et mes biens, mon procès, la torture, mon évasion, l'Italie, Rome, la protection du pape Nicolas V, puis Calixte III, mon départ pour les croisades : jusqu'à  ce jour, certains murs de ce palais resteront à jamais vierges, sans jamais faire mention de cette autre vie.

 

La chambre des mois de l’an est restée nue. L’encadrement de la baie de mon départ fut esquissé, mais sa destination m’était inconnue. Je sais aujourd’hui qu’il s’agit d’une  porte dérobée qui mène à quelques pièces d’enfilade. C’est un détachement de cinq hommes qui initia cette première salle. Cinq hommes, en amont de la porte dérobée commandée par un petit normand moulé dans le tympan figuré au-dessous de la frise de l’entablement. Le fronton à trois pans est celui de mon jugement et de cette cérémonie au château de Poitiers, où je dus m’agenouiller devant le roi et demander merci à Dieu, au souverain et à la justice. Les murs dévêtus de ces pièces d’enfilades représentent l’isolement et la perte de tous mes biens. Les fenêtres sont murées et seuls figurent, autour de la porte de l’un des cachots, mes deux bourreaux et leurs instruments de fer pendus au mur. Sur la frise feuillagée de la cheminée de Poitiers, à l’extrémité du passage, j’ai taillé dans la pierre mes ennemis, ceux qui durant ma captivité se révélèrent un à un. Sous son linteau, au centre, sont gravées dans la pierre mes initiales, une Jacques et un Cœur, symbole de l’acte d’accusation que je dus signer pour ma libération et mettre fin à que j’avais expérimenté de l’épuisement physique et des coups.

 

"A vaillant cœur, rien impossible", j'ai sculpté ma devise derrière les barreaux du bas-relief de la chambre dite "de Poitiers". Accessible depuis le contrecœur de la cheminée du cabinet des échevins, la chambre "de Poitiers" est la salle depuis laquelle je pus retrouver ma liberté. Par-dessus le passage depuis la cheminée ornée, se trouve un fronton cintré au sommet duquel j’ai sculpté dans la pierre, le masque de Marc, mon valet à qui je dois la vie. L’attique bordant les quatre pans de murs de la chambre représente mes promenades dans la cour du château et l’évolution progressive de mon état physique. Dans les coins de la table barlongue, on y observe à peine la figure de Marc explorant les failles de la surveillance du château de Poitiers. Sur le bandeau surplombant la frise, sont sculptés les gardes de la garnison du château, avec dans les mains de chacun, leurs vices, que Marc avait un à un consigné. Faisant face à l’ouverture depuis la cheminée ornée, se trouve une porte-fenêtre. Coiffé d’un couronnement pyramidé, ses moulures en escalier  sont faites de milliers de pièces que Marc versa aux geôliers pour leur silence. À chaque extrémité du gable, se trouvent deux strigiles, les visages des deux gardes qui effectuaient leur ronde et qui donnèrent l’alerte. Le premier des strigiles est éveillé tandis que l’autre ferme les yeux. Depuis le pinacle du gable, coulent des larmes de sang, celles de Marc, pendant que sa tête tranchée est représentée sous la voûte de la porte-fenêtre.

 

Les parapets du pignon de la chambre dite "de Poitiers" forment un ensemble décoratif appelé "l’Allégorie du Bonheur". Depuis le premier bas-relief représentant l’auberge où m’attendait, le matin de mon évasion, sa propriétaire par l'intermédiaire de Marc, jusqu’au dernier bas-relief où se trouve représentée la clairière de ma dernière nuit avant les portes de Provence, ils symbolisent le chemin de la liberté et de mon appétit retrouvé. Est sculpté, sur chacun des bas-reliefs, en leur centre, mon cheval au galop. Le second des bas-reliefs représente une succession de couvents et de châteaux amis, un autre les champs de l'Auvergne au-delà des desquels on aperçoit au loin quelques villages, des convois de cavaliers, des rafales de vent, des charrois pleins de marchandises, un ensemble de bestiaires de troupeaux le long des chemins. Enfin, nous regardent passer, depuis le vitrail coloré de la passante à fronton surplombant la façade, des enfants riant.

 

La porte sans verrou du mur de refend des combles mène au dortoir des « cordeliers ». L’ambiance y est sombre, étrange, suspecte. La seule lumière de cette pièce provient d'un modeste abat-son en bois et de la fine lueur d'une bougie qui projette sur le sol des ombres furtives. Aux deux extrémités des volutes saillantes de la chambranle de la porte du dortoir sont moulés les visages de deux hommes de garde surveillant mon entrée. Les murs sont glacés, obscurs. La lugubre voûte en berceau du dortoir est constituée de dalles sur lesquelles sont représentés chacun des moines du couvent des cordeliers de Beaucaire, tous regroupés en coteries secrètes. Au croisement des doubleaux et des voûtes des nervures longitudinales, sont sculptés leurs visages, certains suspects, d’autres non. Tous surveillent ma présence le long du dortoir. La mince lumière provenant de l’abat-son met en relief un décor mural lui faisant face. Ce décor mural représente un déjeuner dans la cantine du couvent avec quelques paroles de l'évangile inscrites en amont. Les moines attablés trahissent de discrets échanges avec une attention particulière portée sur ma personne buvant un verre de vin. Seul le regard du frère cuisinier semble sincère et amical. Le linteau de la cheminée de Provence, à l'extrémité du dortoir des « cordeliers », représente quinze hommes, sculptés dans la pierre, avec à leur centre mon allié Jean Village ouvrant l'espace de son corps et de sa gueule, tandis sur ses joues sont représentés, en trompe l'œil, deux portails ouverts depuis lesquels sortent quelques feuilles d’acanthe de bouquets de Provence.

 

Le vestibule de Provence est une pièce baignée de lumière  par les  multiples panneaux de vitrail qui la composent. Superposé à la salle des trésors et accessible depuis son échauguette par un escalier de rosace, le vestibule de Provence symbolise la beauté du monde, l’oisiveté et la contemplation. Orientée plein sud et pleine de chaleur, cette salle accueille une fontaine en son cœur,  de laquelle jaillit une eau pure et fraîche. La bague du socle qui la compose est sculptée d'une multitude de cigales de Provence et sa base de quelques galées d'Italie. Sa voûte plate dallée est constituée d’élégantes feuilles d’acanthe au cœur desquelles émergent les corps de jolies femmes. Sur ses vitraux de couleur, sont représentés les visages retrouvés des amis et les rires de Jean Village, Guillaume, des patrons de galées et des facteurs de Provence. Enfin, les éperons rocheux dominant la mer et l'horizon, dans le bas-relief sous l'embrasure, invitent  au voyage et à l'éternel départ.

 

La chambre des galées distribue directement la salle des Cyprès par une porte d'enfilade. Cette salle, comme son nom  l'indique, est habillée par un doux et soyeux tapis de cyprès noir éclairé d'un soleil d'ouest par deux larges fenêtres à remplage au bord desquelles deux coussièges incitent au repos. Sur le meneau de ces fenêtres à remplage, est peint le blason de Florence, tandis que sur le plafond à caissons dominant la salle, figurent de nombreuses représentations picturales inspirées de Toscane, des paysages de collines, de rivières, de forêts et de villages florentins. Au fond de cette salle, un majestueux portail dont les voussures sont remplies de pièces d'or, symbole de la fortune retrouvée. Les piédroits du portail sont habillés par de riches rideaux de soie, tandis que sur le tympan du portail repose  une sculpture, la figure loyale de Nicolo di Bonaccorso habillée d'une barbe noire.

 

Le cénotaphe du pape Nicolas V se trouve dans la Galerie de Latran. Cette salle, accessible depuis une porte dérobée de la salle des festins, brille par son or et son décor somptueux. Orientée vers le soleil levant et dans l’axe du chantier du Vatican, elle appelle au plaisir de l'existence, à l'insouciance, à la vie éternelle. Son luxuriant plafond à caissons représente, dans  un riche assortiment de couleurs, des scènes de vie et de fête au milieu de beaux jardins et de vestiges antiques. Sur les fûts des pilastres du pignon ouest de la Galerie, sont représentés les silhouettes aimées des papes Nicolas V et Calixte III. Le corps vieillissant et incliné de Nicolas V contraste nettement avec l’allure énergique de Calixte III. Sur la base des pilastres, sont peintes nos promenades dans les jardins du Vatican, tandis que sur les chapiteaux des pilastres de Nicolas V est sculpté un homme s’envolant vers le monde céleste, son origine.

 

La carène de vaisseau renversée de la Galerie Est constitue la structure du plancher de la chambre dite de « l’Orient ». Cette chambre est l'avant dernière pièce du palais, elle nous emmène vers l'inconnu, l'errance. Son pavement de pierres plates est en fait une carte, représentant la Méditerranée. En couleur, sont représentés les contours de quelques îles, la Sicile, Rhodes, des îles de l’Asie Mineure, des îles d’Orient, Chio. Sur une pièce carrelée aux abords de l’île de Chio, figurent les galées de l’armada, avec sur leurs voiles, la croix pontificale, symbole de la foi chrétienne des croisades. Son large décor mural surplombant la Méditerranée représente une foule immense au milieu de cérémonies de départ et de festivités. Au cœur de ce décor, on distingue nettement la figure du Pape Calixte III, émue, donnant la bénédiction et le signal du départ.

 

Derrière le mur de la chambre des études, je suis, à l’ombre et protégé des vents, dans le jardin des Hespérides. De là, j’embrasse tout le palais, toutes les salles, mes rencontres, mon passé, toute ma vie. Quiconque pénètre mon esprit est immédiatement repéré.

 

Mon âme repose dans une forêt de figuiers gonflés de suc. J’y promène mes pensées, à la fraîcheur du matin, sur des chemins bordés de fleurs violettes, descendant vers la mer. L’apparition du soleil donne à ce paysage une quiétude, que je n’avais de mon vivant jamais connue, et qui contraste avec chacune des pièces du palais, pleines de mes richesses et de mon feu. Chaque heure de la journée, je regarde mon passé, à travers les murs de ma grande maison. Au lever du soleil, je promène mon regard vers l’oratoire de Macé, pendant que je descends vers ces buissons de roses et que d’ici, je peux déjà entendre le clapot des vagues sur les rochers coupants. Vers midi, tandis que je traverse ce champ de citronniers, je pense aux couleurs rouge, blanc et vert de la salle des Festins, hommage au sacre de Charles VII, pour qui je ressens aujourd'hui égale tendresse qu'hier. D’ici pourtant, cette salle me parait aujourd’hui inconfortable et m’incite à la prudence. Les fleurs de lys s’effritent, et sur l’un des vitraux des fenêtres, se dessine ce qui semble être un orage. Tandis que je longe la mer du sud, et que les petites vagues appellent en moi les souvenirs d’Orient, je me pose sur un rocher. Le soleil m’éclaire et d’ici, je vois cet éclat de lumière traverser le vitrail jaune et gris de ma flotte, dans la chambre des galées. Cette pièce se révèle soudain à moi et je revois chacun de mes voyages dans cette mer que j'ai tant de fois traversée. Lorsque je sais bientôt être l’heure du retour, j’aime faire la sieste sous un de ces pommiers sur le versant de la mer. Je me sais protégé des vents et du soleil, dont je suis fatigué. J’aspire à l’ombre et à la tranquillité, je ne rêve plus de trésors. Lorsque vient le crépuscule du soir, j’assiste au soleil couchant depuis une terrasse bordée d’oliviers. Le soleil se couche sur la Galerie Ouest et, sur une des fenêtres à meneau du linteau de la cheminée "les loisirs de la noblesse", je nous regarde, Agnès et moi, main dans la main. Tous les deux, appuyés sur le rebord de l'allège, nous regardons ce tournoi de paysans pendant que nous piochons,  dans une corbeille, quelques fruits délicieux.

 

Je sais que la lueur de cette lampe à huile disparaîtra bientôt et que je m'éteindrai sous ces fleurs violettes. Celles-ci seront ma dernière inspiration végétale, elles constitueront le dernier fleuron du pinacle dominant la Galerie d'Agnès et de la résurrection. Derrière cette fenêtre d’apparat de la Galerie Sud, je vois cette tapisserie de Nabuchodonosor que Charles VII t’avait offerte et que tu regardes d’un vif plaisir. J’imagine un tombeau à dais où, sous la protection d’un drap tiède, nos deux corps se trouvent enlacés. Ton corps semble faible et désarmé, et la couverture du tombeau est pleine d’une multitude de petites attentions. Tellement raffinée par ses frêles de voile satin et feuilles d’acanthes de fleurs d’épices, elle prend l’allure d’une caverne sauvage et douce. Le feu de la cheminée de Saint-Jacques est allumé. Grâce à ses flambées continues de troncs d’ormes et de bouleaux, je réalise que l’énigme de cette pièce réside dans cet ornement nappant du soleil et de la résurrection, au cœur duquel, derrière une forêt de troncs dorés, tu sembles renaître à travers un visage d’enfant. Et comme si mon intuition était juste, tu poses un doigt devant la bouche pour me recommander le silence.

 

A shell as my first name, a heart as my family name. This Palace of Jacques Coeur used to be my head. In every lock of every door of every room, I forged my initials into the iron, one Jacques and one Coeur.

 

Son of a master furrier, born in Bourges, I climbed every step of social advancement in order to become, in 1436, France's great financier. Thanks to my own fleet, I sailed across every mile of the Mediterranean Sea, then gathered considerable wealths and eventually funded, out of my own pocket, the military operations required by King of France Charles VII. Ennobled by the Kingdom in 1441, I reached the highest position a man of my time could aim for in terms of esteem and wealth. This palace that bears my name is my testimony.

 

My ambitions, my encounters, my judgement ; I arranged my thoughts in such a fashion that it was impossible to testify solely within this dimension of words. All my life, I have been careful to never leave any written mark, any letter, any word. My testimony had to be something else completely. I had this palace grow as I advanced on my path and built myself, throwing myself into the quest for greatness that I had initiated very soon in life. I wanted to build a palace which would be unique, which wouldn't be a home – I would never inhabit it – but rather the transcript of my soul and my sole legacy. I wanted to bequeath my mind to future times, to leave a testament, through stone, of my thoughts and of the order that rules me. Altough my contemporaries would surely perceive this palace as a succession of rooms and confused signals, someone may eventually enter it and read me. Arrested by the King in 1451 for embezzlement and imaginary crimes, I had to put an end to this project. Its epidermis was complete ; in such a state, this palace would testify of a dazzling success, that of a furrier's son who became Kingdom of France's great financier. My imprisonment, the loss of all my titles and goods, my sentence, torture, my escape, Italy, Rome, Pope Nicolas V's protection, then Callixtus III, my departure to join the crusades : some of this palace's walls would remain blank forever, without ever mentioning that other life.

 

The room known as the Chamber of the Months of the Year remained bare. The frame of the bay that would witness my departure was sketched, but its destination was unknown to me. Now I know that it is a hidden door, one that leads to a succession of rooms. A detachment of five men initiated the first one. Five men, before the hidden door that could be activated by a tiny roman moulded in the figured tympanum, above the entablature frieze. The three­sided pediment is that of my sentence and of a ceremony in the castle of Poitiers, where I had to kneel before the King and ask God, the sovereign and justice for mercy. The naked walls in those series of rooms represent my isolation and the loss of all my possessions. The windows are bricked up and one can only see, near the door of one of my dungeons, my two executionners and their iron instruments. On the leaf­depicting frieze of the Fireplace of Poitiers, on the other end of the path, I carved my ennemies in stone, those who revealed themselves, one after the other, as I was held captive. Under its lintel, right at the center, my initials are carved in stone, one Jacques and one Coeur. They symbolise the accusation act that I had to sign in order to be set free, and the ending of everything that I had experienced in terms of physical exhaustion and punches.

 

To a willing heart, nothing is impossible: once again, I carved my motto behind the bas­relief's bars, in the room known as the Chamber of Poitiers. Accessible from the chimney's fireback in the aldermen's office, the Chamber of Poitiers is the room from which I would regain my freedom. Above the passage which starts in the ornamented fireplace is a curved pediment, at the top of which I carved, in stone, my butler's mask, Marc, to whom I owe my life. The attic surrounding the room's four walls represents the walks I used to take in the castle's courtyard and the gradual evolution of my physical condition. In the oblong table's corners, one can barely see Marc's face as he is looking for flaws in the Castle of Poitier's surveillance strategy. On the band that overhangs the frieze, guards from the castle's garrison are carved : in their hands are all of their vices, which Marc had meticulously recorded. In front of the opening from the ornamented fireplace is a French window. Coiffed with a pyramid crown, its stair­step mouldings are made of the thousands of coins which Marc had to give the gaolers in exchange for their silence. At each end of the gable are two strigils, for the faces of the two guards that were patroling and sounded the alarm. The first strigil is awake whereas the other has his eyes closed. Tears of blood flow from the gable's pinnacle. They are Marc's, as its severed head is represented under the Fench window's vault.

 

In the Chamber of Poitiers, the gable end's parapets form a decorative set called Allegory of Happiness. From the first bas­relief which depicts the inn where, the morning of my escape, Marc's landlord was waiting, to the last one which evokes the glade where I spent my last night before entering Provence, they all represent the path to freedom and my recovered appetite. My horse at a gallop is carved at the center of each bas­relief. The second one depicts a succession of convents and friendly castles. Another one shows the fields in Auvergne beyond which one can see, far away, some villages, convoys of horsemen, wind gusts, cartages full of merchandise, a set of bestiaries of herds along the roads. At last, watching us through the coloured stained­glass window of the pediment's skylight that towers over the frontage, some kids laughing.

 

In the attic, the load­bearing wall's door, which doesn't have a bolt, leads to the Dormitory of the Cordeliers. The atmosphere there is dark, strange, dubious. In this room, a rare light comes from a humble wood lampshade as well as from the thin glow of a candle that casts furtive shadows on the ground. At both ends of the dormitory's door frame's projecting volutes, the faces of two men are moulded, two guards watching my entrance. The walls are frozen, gloomy. The dormitory's lugubrious barrel vault is made of slabs, on which one can see each of the monks from the Beaucaire Convent of the Cordeliers. They are all gathered within secret cliques. At the junction of the cross springer and of the longitudinal ribs' vaults, their faces are carved. Some look suspicious, some not, but all are monitoring my presence. The thin light that comes from the lampshade brings out the mural scenery which it faces. This mural scenery represents a lunch in the convent's canteen, with some Gospel verses written at the top. The seated monks betray some discreet exchanges, while paying close attention to my person, as I am drinking a glass of wine. Only the brother in charge of the cooking seems sincere and friendly. The Fireplace of Provence's lintel, at the far end of the Dormitory of the Cordeliers, represents fifteen men, carved in stone. At their heart, my ally Jean Village opens up the space of his body and gob, whereas, on his cheeks, two open portals are represented, in trompe l'oeil style, from which a few Acanthus leaves of Provence bouquets come out.

 

The Entrance Hall of Provence is a room bathed in lights through its multiple tainted window panels. Overlapping the treasure room and accessible through its bartizan and a spiral staircase, the Entrance Hall of Provence symbolises the beauty of the world, idleness and contemplation. Facing south and full of warmth, this room hosts, at its heart, a fountain from which a pure and fresh water springs. Several cicadas are carved on the ring of its base, while some italian galleys are depicted on its stand. Its tiled plane vault is made of elegant Acanthus leaves, from which the bodies of beautiful women arise. Over its colored stained window, one can see the retrieved faces of friends and the laughters of Jean Village and Guillaume, of galley captains and Provence mailmen. Lastly, the rocky spurs that overlook the sea and the horizon, in the bas­relief under the door frame, evokes travel and eternal departure.

 

The Chamber of Galleys leads directly to the Cypress Room, through a connecting door. As its name indicates, this room is dressed with a soft and silky carpet. It depicts black cypresses bathing in a western sun through two wide windows. Pope Nicolas V's cenotaph is located in the Latran Gallery. Accessible through a hidden door in the feasting room, this area shines with gold and sumptuous ornments. Facing the rising sun and in line with the Vatican, it recalls the pleasure of existence, carefreeness, eternal life. Its luxurious coffered ceiling represents a rich association of colours, life scenes and celebrations in the middle of beautiful gardens and antique remains. In the gallery's west gable, over the pilasters' shafts, one can distinguish the beloved figures of Popes Nicolas V and Callixtus III. Nicolas V's aging and bent body clearly contrasts with Callixtus III's vigorous appearance. Our walks in the Vatican gardens are painted over the pilasters' base, whereas, on the capitals of Nicolas V's pilasters, a man is carved as he takes flight towards the celestial world, its origins.

 

The upended hull from the vessel in the East Gallery constitutes the floor's structure in the room known as the East Chamber. It is the palace's penultimate room, it leads us to the unknown and to wandering. Made of plane stones, its tiling is actually a map that represents the Mediterranean Sea. The outlines of a few islands are represented in colour; Sicily, Rhodes, islands from Asia Minor, islands from the East, Chio. Near the island of Chio, on a tiled part, one can see the armada's galleys with the pontifical cross on their sails, symbol of the christian faith from the crusades. Its wide mural decoration, which towers over the Mediterranean Sea, represents a gigantic crowd during departure ceremonies and festivities. At the heart of this decoration, one clearly distinguishes the face of Pope Callixtus III, filled with emotion, as he gives his blessing as well as the starting signal.

 

Behind the wall in the studies room, I find myself in the Hesperidian Garden, in the shade and protected from winds. From there, I embrace the whole palace, every room, my encounters, my past, my whole life. Whoever penetrates my mind is immediately detected.

 

My soul rests in a forest of fig trees filled with sap. This is where I strut my thoughts, in the morning's coolness, on paths bordered with purple flowers that lead to the seaside. As it appears, the sun gives this landscape a kind of tranquility that I had never experienced in my life, which contrasts with each room within the palace, full of my wealth and my fire. At each hour of the day, I look at my past through the walls of my large home. When the sun rises, I steer my look at Macé's oratory, as I walk down towards those bushes of roses. From here, I can already hear the lapping of the waves on the rock boulders. Around noon, as I walk through this field of lemon trees, I think about the red, white and green coulours of the Feasting Room, a tribute to Charles VII's coronation, for whom I still feel the same tenderness as yesterday. From here, however, this room now seems uncomfortable to me and incites to care. The lily flowers crumble and, on one of the stained­glass windows, what seems to be a storm starts to appear. As I walk along the southern sea and its tiny waves recall memories from the East within me, I sit down on a rock boulder. The sun releases its light on me, and from here, I can see this sparkle as it goes through my fleet's yellow and grey stained­glass window, in the Chamber of Galleys. This room suddenly unveils itself to me and I can see, once again, each of my journeys on this sea, across which I had sailed so many times. When I know it is nearly time to return, I like to nap under one of those apple trees, on the sea slope. I aspire to shade and tranquility, I no longer dream of treasures. When the evening's twilight comes, I witness the setting sun from a patio bordered with olive trees. The sun sets on the West Gallery as well as on one of the lintel of the transom windows, in the Fireplace of the Nobility's Leisure. I am watching us, Agnes and I, hand in hand. Leaning on the sill's edge, the two of us are watching this farmers tournament, as we pick a couple of delicious fruits from a basket.

 

I know that the glow of this oil lamp will soon disappear and that I will go out under those purple flowers. They will be my last green inspiration, the last fleuron of the pinnacle that overlooks Agnes's Gallery, and of resurrection. Behind this formal window in the South Gallery, I can see this tapestry of Nabuchodonosor that Charles VII had given you and that you are looking at with strong enjoyment. I am picturing a canopy tombstone where, under the protection of a tepid sheet, our two bodies find themselves intertwined. Yours seems weak and disarmed, whereas the tombstone's cover presents a multitude of small attentions. So refined by its fragile satin veils and its Acanthus leaves from spice flowers, it takes the form of a wild but gentle cave. In the Fireplace of Saint­Jacques, a fire has been lit. Thanks to its continuous blazes of elm and birch trunks, I realise that the enigma of this room lies in this coating ornament made of the sun and resurrection. At its heart, behind a forest of golden trunks, you appear to be born again through the face of a child. And, as if my intuition were accurate, you put a finger in front of my mouth in order to advise me silence.Texte en anglais

 

Guillaume Bellanger

 

Remerciements : Marine Baudrillard, Jean-Christophe Rufin

 

Crédits photos : © Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux, © Jean Feuillie / Centre des monuments nationaux

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Agence d’architecture basée à Paris et créée en 2011 par Guillaume Bellanger.

40, rue du Château d'Eau
75010 Paris. FR

Email : contact@bellanger-visible.com
Twitter : _GBellanger
Website : www.bellanger-visible.com
Phone : + 33 (0)1 42 41 25 72
Webdesign : Théo ABADON
Programmation : Erik ROS
Traduction : Arnaud ROIZEN

CURRICULUM VITAE

2013 / Co-fondation du groupement PRINTEMPS DES ARCHITECTES
2012 / Urbaneer Certificate - One Lab New-York School for Design + Science (Brooklyn.US)
2012 / Architecte au sein de l’agence Shigeru Ban Architects (Paris.FR)
2011 / Création de l’agence d’architecture VISIBLE
2010 / Habilitation à la Maîtrise d’œuvre – École d’Architecture de Bretagne (Rennes.FR)
2009-2010 / Architecte au sein des Ateliers Jean Nouvel (Paris.FR)
2008 / Master d’Architecture – École d’Architecture de Paris-Malaquais (Paris.FR)
2007 / Master de Recherche – École d’Architecture de Paris-Malaquais (Paris.FR)
2006 / Stagiaire au sein de l’agence R&Sie (Paris.FR)
2005 / Licence d’Architecture – École d’Architecture de Paris-Malaquais (Paris.FR)

PROJETS

2016 / Jacques Cœur 1951-1956 - Utopies Monumentales (Bourges. FR) - Illustration
2015 / Aujourd'hui tout a fondu – Utopies Monumentales (La Turbie. FR) - Illustration
2015 / Time no longer exists (2) – Utopies Monumentales (Paris. FR) - Court-métrage
2014 / Les Alignements de Carnac sont un jeu d’enfant – Utopies Monumentales (Carnac. FR) - Illustration
2013 / Le pays du refus - Entretien avec Claude Parent
2012 / 500 ans après l’abandon – Musée des fonds marins (Piraeus. GR) – Concours international ouvert
2012 / Governors Island Urbaneering - Socio-Ecological Exploration of the Next Metropolis (New-York. US) – Modeling
2012 / Time no longer exists – Centre Pompidou (Paris. FR) – Illustration
2011 / Éric – Lits superposés – Conte
2011 / Height Gauge – Zone résidentielle de 402 logements (Leewarden. NL) – Concours international ouvert
2010 / La Route du Rock 2010 – Installation au Fort Saint-Père (Saint-Malo. FR) – Commande directe – Projet livré
2010 / 0000-0005. Conversations sur la Méthode – Série d’entretiens avec François Roche (R&Sie), Pascal Riffaud (Block), Aurelien Giller (Face b), Thomas Raynaud (BuildingBuilding), Cyrille Berger (Berger&Berger), sur les cinq premières années d’une agence d’architecture – Rapport technique HMONP
2009 / Réversible – Installation dans une maison abandonnée – Intrusion
2009 / Match – Rénovation d’une longère (Côtes d’Armor. FR) – Commande directe – En cours d’étude
2008 / I am looking for someone to tell me a story – Simulation d’une bibliothèque participative (Saint-Malo. FR) – Projet de fin d’études
2007 / Se Construire – Écrit sur l’habiter dans une architecture organique - Mémoire de recherche

EXPOSITIONS

2015 / Villes potentielles - Maison de l'architecture (Paris. FR) - Architecture et Anthropocène
2015 / Romulus & Remus - Les Machines de l'île (Nantes. FR) - Exposition Wave
2015 / Time no longer exists (2) - Front de mode (Paris. FR) - Dégager l'horizon
2012 / AJAP 2012 – Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Paris. FR) – Les Albums des Jeunes Architectes et des Paysagistes
2012 / London Design Week – New London Building Centre (London. UK) – Governor’s Hook Project

LECTURES

2016 / Le Pays du refus - École d'Architecture de Bretagne (Rennes. FR) - Cycle de conférences 2015 / 2016
2014 / Saint-Malo - École Spéciale d'Architecture (Paris. FR) - Extrapolation Métropolitaine
2013 / Le métier d'architecte - Onisep (Paris. FR) - Les métiers de l'architecture, de l'urbanisme et du paysage
2012 / I am looking for someone to tell me a story - France Culture (Paris. FR) – La Vignette
2012 / I am looking for someone to tell me a story - École d'Architecture de Paris-Malaquais (Paris. FR) - THP

PRIX

2015 / Lauréat du Richard Morris Hunt Prize Companion 2015-2016
2012 / Lauréat des Albums des jeunes architectes et des paysagistes 2011/2012 (prix décerné par le ministère de la culture et de la communication)