BIBLIOTHEQUES / CIRCULATION

img n°2Niveau 0 / Niveau de la mer / Alt. -3,00 m
img n°3Niveaux (Entrée + Stockage + Parking)
img n°4Niveau 1 / Niveau de la rue / Alt. +/- 0,00 m
img n°5Niveau 2 / Alt. +5,00 m
img n°6Niveau 3 / Alt. +8,50 m
img n°7Niveau 4 / Alt. +12,00 m
img n°8Niveau 5 / Alt. +15,50 m
img n°9Niveau 6 / Alt. +19,00 m
img n°10Niveau 7 / (État final) / Alt. +22,50 m

img n°11 → Le projet se place sur le sable, face à la mer,
n’est accessible qu’à marée basse.
img n°12 → A Saint-Malo, sont reconnues comme étant les marées
les plus fortes en Europe.

img n°13 → Maquette en coupe du projet.
img n°14 → Il y a dans ce projet deux espaces principaux,
qui se chevauchent, qui s’enchevêtrent, toujours l’un sur l’autre,
l’un sous l’autre, à coté.

img n°15 → La circulation est difficile, peu accommodante,
rappelant nos pas, sur les rochers.
img n°16 → Toutes les bibliothèques sont ouvertes les unes
sur les autres, libre à chacun de l’aménager à sa guise.

I’M LOOKING FOR SOMEONE TO TELL ME
A STORY


SIMULATION / Saint-Malo. FR / Bibliothèque participative
PROJET DE FIN D’ETUDES / 2008


  Nous parcourûmes d’autres salles, toujours en enregistrant nos découvertes sur mon plan. Nous passâmes dans des salles uniquement consacrées à des écrits de mathématique et d’astronomie, d’autres avec des ouvrages en caractères araméens qu’aucun de nous deux ne connaissait, d’autres en caractères plus inconnus encore, peut-être des textes de l’Inde. Nous nous déplacions entre deux suites imbriquées qui disaient IUDAEA et AEGYPTUS. En somme, pour ne pas ennuyer le lecteur avec la chronique de notre déchiffrement, lorsque plus tard nous mîmes définitivement le plan au point, nous fûmes convaincus que la bibliothèque était vraiment constituée et distribuée selon l’image de l’orbe terraqué. Au septentrion nous trouvâmes ANGLIA et GERMANI, qui le long du mur occidental se rattachaient à GALLIA, pour ensuite engendrer à l’extrême occident HIBERNIA et vers le mur méridional ROMA (paradis de classiques latins !) et YSPANIA. Puis venaient au midi les LEONES, l’AEGYPTUS qui vers l’orient devenaient IUDAEA et FONS ADALE. Entre orient et septentrion, le long du mur, ACAIA, une bonne synecdoque, selon l’expression de Guillaume, pour indiquer la Grèce, et de fait dans ces quatre pièces il y avait une grande abondance de poètes et philosophes de l’antiquité païenne.
Le mode de lecture était bizarre, tantôt on procédait dans une seule direction, tantôt on allait à rebours, tantôt circulairement, souvent, comme je l’ai dit, une lettre servait à composer deux mots différents (et dans ce cas-là, la pièce avait une armoire réservée à un sujet et une à un autre). Mais il ne fallait évidemment pas chercher une règle de trois dans cette disposition. Il s’agissait d’un pur artifice mnémonique pour permettre au bibliothécaire de retrouver un ouvrage. Dire d’un livre qu’il se trouvait en quarta Acaiae signifiait qu’il était dans la quatrième pièce à compter de celle où apparaissait le A initial, et quant à la façon de la repérer, on supposait que le bibliothécaire savait par cœur le parcours, soit droit soit circulaire, qu’il devait faire. Par exemple ACAIA était distribué sur quatre pièces disposées en carré, ce qui veut dire que le premier A était aussi le dernier, chose que d’ailleurs nous aussi nous avions apprise en peu de temps. De même que nous avions aussitôt appris le jeu des barrages. Par exemple, en venant d’orient, aucune des pièces de ACAIA ne desservait les pièces suivantes : à ce point le labyrinthe prenait fin, et pour rejoindre la tour septentrionale il fallait passer par les trois autres. Mais naturellement les bibliothécaires savaient bien, en entrant par le FONS, que pour aller, admettons, en ANGLIA, ils devaient traverser AEGYPTUS, YSPANIA, GALLIA et GERMANI.

ECO, Umberto, Le nom de la rose



I am looking for someone to tell me a story est une simulation.
Le projet d’une bibliothèque participative. Il s’inspire de ces textes de Umberto Eco, de ces bibliothèques moyenâgeuses et poussiéreuses, d’espaces faits de successions de livres empilés et vaguement ordonnés, de successions de galeries elles-mêmes se succédant par échelles ou bout d’échelles ou pas du tout. Vieilles bibliothèques disparues habitées par – on dit - de vieux lecteurs passionnés, toussant et dormant, accompagnés de rats accourant dans tous les sens au milieu de longs silences et bruits de charpentes.
Le projet s’inscrit en opposition aux bibliothèques modernes, type Google. L’idée qu’au fond ce ne soit plus le lecteur qui vienne au livre, mais le livre qui vienne au lecteur.
Le projet s’inspire du modèle de Borges, de l’idée d’une bibliothèque sans fin, cauchemardesque, une construction prévue pour que le non-initié s’y perde et y ressente si fort l’angoisse de ne pouvoir en sortir, qu’il aura à tout jamais perdu l’envie d’y retourner.
Le projet ne nie aucunement les qualités fonctionnelles de la bibliothèque moderne, mais il se veut, à contrario, celui d’une bibliothèque de loisirs, pour l’errant, celui pour qui lire est une détente, chercher un livre, une aventure.
La fonction essentielle de la bibliothèque, de la mienne et de celle des amis à qui je rends visite, c’est de découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont on découvre qu’ils sont pour nous de la plus grande importance.1
L’idée que la bibliothèque est un partage. Que le livre est quelque chose qui vit. Un savoir que l’on transmet. Transmission que l’on rêverait être, presque, de main à main.


Le projet se place à Saint-Malo, vieille cité portuaire, ancienne cité corsaire, d’aventuriers disparus. Duguay-Trouin, Surcouf, Jacques Cartier, y sont nés, y ont vécus, y sont enterrés. Non loin de notre parcelle, sur un rocher, isolé, face à la mer, Châteaubriant est enterré.
A Saint-Malo, sont reconnues comme étant les marées les plus fortes en Europe, l’Ile du Grand Bé, où Chateaubriand est enterré, n’est accessible qu’à marée basse. Les remparts qui délimitent la ville intra-muros font bloc, face au vent, face à la marée, face à l’impact des vagues, qui viennent chaque jour s’y fracasser.
Entrée difficile, sortie hypothétique de ce monde clos et hors du temps, voilà de quoi inquiéter.2
Ici se trouve notre parcelle, face à la mer, au bord des flots, sur le sable.


I am looking for someone to tell me a story est une simulation.
Le projet d’une bibliothèque participative, à Saint-Malo. De l’idée selon laquelle une bibliothèque est un lieu de partage. Une transmission de savoirs de lecteurs à lecteurs. Une bibliothèque faite par les malouins, pour les malouins. La municipalité de Saint-Malo met à disposition environ 10000 m² de surface libre aux malouins, destinés à y installer, à y exposer, à y partager leurs bibliothèques personnelles. Les livres n’appartiennent aucunement à un organisme, ou à un seul individu, libre à chacun de les ranger par ordre alphabétique, chronologique, thématique, couleur de reliure, nationalité de l’auteur, nombre de pages, nom de l’éditeur, situation géographique de l’intrigue, nom de famille du héros ou de l’héroïne, etc.
Les bibliothèques des malouins sont néanmoins triées. Par ordre alphabétique. Le projet se reparti en vingt-six tranches, les vingt-six lettres de l’alphabet, dimensionnées selon les noms des malouins inscrits dans l’annuaire.
Le projet est délimité par de grands murs de béton, remparts face à la mer, face au vent, face aux vagues, qui viendront ici aussi, s’y fracasser. La façade est dure, hostile, comme l’est Saint-Malo l’hiver.
Sous la route séparant la parcelle de la plage, sont creusés deux accès, la mer s’y engouffre et s’y prolonge. Le bâtiment se place sur le sable, n’est accessible qu’à marée basse. Il y a dans ce projet deux espaces principaux, qui se chevauchent, qui s’enchevêtrent, toujours l’un sur l’autre, l’un sous l’autre, à coté. Deux espaces, l’un de bibliothèques, l’autre de circulations. La circulation est difficile, peu accommodante, rappelant nos pas, sur les rochers. Entre ces deux espaces, se trouvent mille et quelques portes, chacune celle d’un malouin, l’entrée de sa bibliothèque. Toutes les bibliothèques sont ouvertes les unes sur les autres, libre à chacun d’aménager la sienne à sa guise. La porte indiquant le nom d’Emile Lecat que je pousse. Au milieu de ses livres se trouve un vieux canapé dépliable, à coté duquel sur une petite table de bois, une lampe de chevet éclaire un livre ouvert à la page 96, Les Braises. Au dessus de cette table se trouve une fenêtre, étroite, une vue sur la mer. La bibliothèque d’Emile Lecat communique avec les bibliothèques de Jean-Yves Maret, Gwenaëlle Labesque, Caroline Kaemmerer, Nathalie Lienard et André Le goux.

1ECO, Umberto, De bibliotheca.
2CHAINTREAU, Anne-marie, LEMAITRE, Renée, Drôles de bibliothèques...
* * *

  I am looking for someone to tell me a story is a simulation.
This is the project of a participative library. It was inspired by Umberto Eco’s writings, by those dusty libraries from the Middle Ages, by successions of piled and vaguely arranged books, successions of galleries by means of ladders or ladder pieces or not at all. Those ancient libraries inhabited by –so we say- old passionate readers, coughing and sleeping, surrounded by rats running all over the place at the heart of long silences and framework noises.
This project is in opposition to modern libraries such as Google. Deep down, the idea is that the reader wouldn’t come to the book any longer but the book would come to the reader.
The project was inspired by Borges’s design, by the idea of an endless and nightmare library, a construction designed in order to make the one who isn’t initiate lose his way and fear so strongly he might never get out of it that he will never want to come back.
The project doesn’t reject the modern library’s functional properties but on the contrary, it is designed as a leisure library, for the wandering one, the one to whom books are a way to relax and to whom looking for a book is an adventure.
This project is inspired by the idea that libraries are about sharing; that books are living things. A knowledge we transmit, and we dream we can transmit it hand-to-hand.


The project takes place in Saint-Malo, a city of long-gone corsairs who used to gather around its port. Duguay-Trouin, Surcouf, Jacques Cartier were all born there, used to live there and were buried there. Not far from our piece of land, on an isolated rock facing the sea, Chateaubriand was buried.
Saint-Malo’s tides are known to be Europe’s strongest ones. The Grand Bé Island, where Chateaubriand was buried, can only be accessed at low tide. The ramparts which surround the city itself (or “intra-muros”) stand together against the wind and the tide, against the impact of waves which, every night, come crashing on them.
Here is our piece of land, facing the sea, next to the waves, on the sand.


“I am looking for someone to tell me a story” is a simulation.
The project of a participative library in Saint-Malo; of the idea according to which a library is a place of sharing, a place where knowledge is transmitted between readers. A library designed by Saint-Malo’s inhabitants for themselves.
Saint-Malo’s political leaders made about 32800 ft² of free space available for the inhabitants so that they could install, exhibit and share the content of their own private libraries. Books don’t belong to any institution or to one individual; everybody is free to sort them by alphabetical order, chronology, theme, binding color, author’s nationality, number of pages, publisher’s name, place of the story, hero’s last name and so on…
If the content of one library isn’t, all the libraries are arranged in a very “sorted” way. By alphabetical order. The project’s space is divided into 26 parts, the alphabet’s 26 letters, and each part’s size depends on the inhabitants’ names as written in the city’s phone book.
The project’s space is surrounded by large concrete walls that are ramparts against the sea, wind and waves that would also come crashing on it. The structure is severe , like Saint-Malo in winter. Under the road that separates the piece of land from the beach, two accesses were dug, into which the sea rushes and extends. The building is on the sand and can only be accessed at low tide.
In this project, there are two main spaces which overlap and get tangled in one another; on, under and next to one another. Two spaces, one for the library and the other one to get around. Traffic is tough, not very accommodating, and reminds us of the steps we take on rocks at seaside. Between those two spaces are about a thousand doors; each door is an entry to an inhabitant’s library.
All libraries open up on each other, everyone is free to arrange his own. The door that I push indicates the name of Emile Lecat. Between the books is a foldaway sofa, next to which, on a small wooden table, a bedside lamp sheds light on a book that is open on page 96 and entitled “The Embers. Upon this table is a narrow window providing sight of the sea. Emile Lecat’s library communicates with Jean-Yves Maret’s, Gwenaëlle Labesque’s, Caroline Kaemmerer’s, Nathalie Lienard’s and André Le goux’s.


Remerciements : Maxime Aumon Bemelmans, Arnaud Depeyre, Damien Desnos, Nicolas Dufeu, Franck Léon, Luca Merlini, Dominique Rouillard, Jean-François Roullin, Jean-Benoît Vétillard.

Guillaume Bellanger Architecte
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